De Lyon à Vichy, le docteur Gabriel Victor Prunelle
Partager
Essai d'un catalogue iconographique.
Fils de médecin, Clément François-Gabriel Victor Prunelle (La Tour-du-Pin (Isère), 23 juin 1777 † Vichy, 20 août 1853) , entre en 1794 à l'École de Santé de Montpellier ; trois années plus tard, il est nommé aide-bibliothécaire de l'École (1797) .
Médecin principal du 3e corps de la grande armée commandé par le maréchal Davout , il aurait participé à la bataille d'Austerlitz (2 décembre 1805) , bibliothécaire à l'école de Médecine de Montpellier, Prunelle est nommé fin 1805 médecin principal de l'hôpital du Val-de-Grâce. En novembre 1807, une chaire d'histoire de la médecine et de médecine légale lui est attribuée à l'école de Santé de Montpellier. Accusé d'être responsable des désordres survenus en février 1819 à l'Université de Montpellier, Prunelle est suspendue de ses fonctions de professeur le 3 mai 1819, et, quitte alors définitivement Montpellier.
Il exerce la médecine à Lyon où il devient maire et député de l'Isère en 1830.
Fin 1833, Prunelle succède, au baron Lucas décédé comme inspecteur des eaux minérales de Vichy ; l'année suivante, désavoué par le préfet du Rhône, il se retire de la municipalité lyonnaise. Maire de Vichy depuis le 16 août 1848, Prunelle décède le samedi 20 août 1853 à Vichy. Certains auteurs mentionnant que Prunelle , à son décès, auraient laissé une dette de plus de 200 000 Francs ; son biographe Alexis Potton écrit simplement « Digne et grand dans ses manières, s'il fit, en peu d'années, une large brèche à son modeste patrimoine, c'est qu'il prisait moins l'argent que la considération » [1] . Érudit, auteur de plusieurs ouvrages et mémoires, Prunelle s'était constitué une belle collection de livres qu'il lègue à la ville de Lyon, pour la bibliothèque publique du Palais-des-Arts qu'il avait fondée en 1831.
Bibl . : « Bicentenaire de CVF Prunelle » Exposition : Bibliothèque de la faculté de médecine de Montpellier, NP, 30 cm (Cf. MV , SH V 10 658 BIC) ; Dr Victor Noyer , « Discours prononcé... sur la tombe de M. Prunelle, médecin inspecteur honoraire des eaux de Vichy et maire de la ville, le 22 août 1853 », 1853, Imp. de Mme Jourdain , Cusset, 6 p. ; André Praile , Jean Théodoride , Georges Tixier (1925-2001), Dr Max Vauthey « Commémoration du bi-centenaire du dr. Victor Prunelle (1778-1853 », SHAVE , n°92-93, janvier-déc. 1978 ; A. Praile , « Historique politique et biographique des maires de Vichy de 1790 à nos jours. 2ème partie – Docteur Prunelle à Louis Lasteyras 1848 – 1929 », SHAVE , janvier – décembre 1986, n°108-109, p. 17-24.
Le 17 novembre 2015, la SVV lyonnaise De Baecque & Associés présentait un portrait peint dans un ovale de Prunelle sous l'attribution École Française (lot 773, 80*65 cm, avec traces de restaurations anciennes) acquis pour les collections des Fonds Patrimoniaux de la Ville de Vichy. La peinture est antérieure à 1849, date de l'estampe (d'interprétation ?) réalisée par Faivre-Duffer.

Les caricaturistes des débuts de la Monarchie de Juillet [2] ont exploité le physique de Prunelle : « sa démarche pesante et embarrassée, son visage rond et plein, son nez fortement prononcé, ses yeux petits cachés dans des orbites profondes, ses lèvres volumineuses, quoiqu'habituellement déprimées, son front large, sa tête vaste et carrée, ombragée par une chevelure épaisse et inculte » [3] . Son visage épais et son abondante chevelure tombant souvent sur ses yeux lui ont valu le surnom de « tête de bison ».
Ainsi en 1833, Honoré Daumier [4] (Marseille, 26 février 1808 † Valmondois (Val-d'Oise), 10 février 1879) le réalise quatre caricatures de Prunelle : une sculpture, une gravure et deux lithographies :
Connue sous le nom « Le Dédaigneux » , la sculpture en terre cuite peinte représente la tête de Prunelle quasi-dissimulée sous l'épaisse chevelure. En mauvais état, la sculpture est exposée lors de la rétrospective Durand-Ruel présidée par Victor Hugo en avril 1878 à Paris, puis lors de l'importante rétrospective de 1999 aux Galeries nationales du Grand Palais, et de nouveau en 2005 après la restauration.

Le musée d'Orsay possède le buste original en terre crue polychrome (134*152*159 mm) .

Le marchand Maurice Le Garrec réalise vers 1929/1930, une édition en bronze fondue par Barbedienne à 30 exemplaires, estampillés MLG (pour Maurice Le Garrec ) et numérotés ; 12 des 30 exemplaires ne sont pas localisés (n°6, 7, 9, 10, 11, 14, 15, 18, 21, 24, 25, et 27) .
Le 27 juin 1833, la revue La Caricature publie dans son n°138 un portrait chargé en pied de Prunelle titré « Monsieur Prune ». Lithographie, 185*267 mm, SBG dans la planche h. Daumier , en bg Chez Aubert, galerie véro dodat , en bd Lith.de Becquet, rue Furstemberg N°6 , planche 288 de la série Célébrités de la Caricature [5]. Bibl . : Delteil n°60 .

(1833) « Prunelle ». Quatre mois plus tard, l'autre grande revue satirique de l'époque Le Charivari, dont l'un des co-fondateurs est notre compatriote auvergnat Agénor Altaroche (Issoire (Puy-de-Dôme), 18 avril 1811 † Méry-sur-Oise (Val-d'Oise), 13 mai 1884) , orne son n°357 du 23 novembre 1833 d'un frontispice composé de sept vignettes gravées sur bois d'après Daumier représentant, de gauche à droite, les portraits chargés de : Félix Barthe , Benjamin Delessert , Prunelle , Hippolyte Abraham Dubois dit Abraham-Dubois , Jean Vatout , Jean Ponce Guillaume Viennet .

Le dessin est repris dans Le Magasin Charivarique , Musée comique, Magasin de charges et de caricatures . Paris, Bureau du Charivari, 1834.
En janvier 1834, La Caricature dans son édition spéciale, L'Association Mensuelle de la Liberté de la Presse , publie une grande lithographie (431*281 mm) titrée « Le Ventre Législatif » avec en sous-titre « Aspect des bancs ministériels de la chambre improstituée de 1834 ». Rare planche (n°18) , reprend des portraits satiriques des membres de la Chambre législative de 1834 dont celui de Prunelle assis à gauche sur le deuxième banc en partant du bas. [6] SBD dans la planche h. Daumier , en bg Chez Aubert, galerie véro dodat , en bd Lith.de Becquet, rue Furstemberg N°6 .

Variante : Version réduite pour le journal parisien Le Rire du 10 novembre 1894.

Trois ans plus tôt, Jean Ignace Isidore Gérardin dit J. J. Grandville (Nancy (Meurthe-et-Moselle), 13 septembre 1803 † Vanves (Hauts-de-Seine), 17 mars 1847) donne, avec le dessinateur-lithographe Eugène Forest (Strasbourg, 24 octobre 1808 † Grenoble, 28 décembre 1891) et l'imprimeur-lithographe Victor Hippolyte Delaporte [7] , une double planche lithographiée coloriée (363*563 mm) , titrée « Te deum à l'autel de la paix » , pour le n°55 de La Caricature (novembre 1831) représentant, de gauche à droite : L'aspergeur, le général Georges Mouton ; le diacre, le général Jean-François Jacqueminot ; un président à cheval sur le règlement, Amédée Girod de l'Ain ; 1er porteur, Clément-François-Victor-Gabriel Prunelle ; 2e porteur, Benjamin-François Levrault ; un citoyen, le roi Louis- Philippe Ier, le visage caché par un livre ; les enfants de chœur, Jean Vatout , Auguste Hilarion de Kératry , Alphonse-Marie-Marcellin-Thomas Bérenger , Antoine Gabriel Jars , Alphonse Jacques Mahul , Auguste Victor Hippolyte Ganneron ; le sous-diacre.


Le 19 juin 1834, La Caricature publie les lithographies n°7 et n°8 (Planche n°396-397) de la Série Grande croisade contre la liberté comprenant 14 estampes ; la Série représente la procession des vassaux de la Monarchie de Juillet de Louis-Philippe et de son gouvernement dirigé par le maréchal Soult (journaux, ministres, députés, roi, garde nationale, armée) en marche pour une croisade contre la presse républicaine. Les pl. n°7 et 8 montrent les députés et ministres emmenés par le préfet de police Henri Gisquet monté sur un chien ; parmi ceux-ci, en septième position, le député Prunelle, médecin en chef des eaux de Vichy depuis 1833, en train de se gratter l’épaule, le ventre engoncé dans une gaine portant l’inscription « EAUX | […] E [de] VICHY », d’un cordon rouge portant le motif d’un lion et l’inscription « DERNIER VOTE // POUR LE JUSTE MIL […] [milieu] ».

En 1849, le graveur lorrain Louis StanislasFaivre-Duffer (Nancy (Meurthe), 17 avril 1818 † 4 février 1897 [8] ) , élève de Victor Orsel à l'École des Beaux-Arts de Lyon de 1830 à 1836, exécute une estampe [9] d'après le tableau cité en figure 1 ; peintre portraitiste, la pièce peinte pourrait-elle lui être attribuée ?

En effet, la lettre ne mentionne pas de Pinxit et ne porte les indications suivantes : en bd « Mademoiselle Prunelle aux amis de son frère », en dessous au centre « CFVG Prunelle, doct. en médecine, insp. des eaux thermales de Vichy ». Gravure (360*280 mm) sur cuivre (50*39 cm) tirée par F. Chardon aîné à Paris, Sbg « Faivre Dufer ». Un exemplaire dans les collections des Fonds Patrimoniaux de la Ville de Vichy.
À la même période, alors que « Le docteur Prunelle était depuis longtemps retiré à Vichy » [10] , la municipalité lyonnaise commande à Joseph-Hugues Fabisch (Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), 19 mars 1812 † Lyon, 7 septembre 1886) , professeur de sculpture à l'École des beaux-arts de la ville depuis 1845, un buste en marbre de l'ancien maire ; Initialement prévue pour le musée de la ville, la sculpture est transférée à l'Hôtel de Ville de Lyon.

© Hughes J. Brivet, Extraits de notre ouvrage en préparation, Vichy vue par les artistes , p. 371, 122, 123, 179, 155, 154. Nota : la numérotation des illustrations correspond à celle de l'ouvrage cité.
[1] Dr AlexisPotton, « Le Docteur Prunelle, sa vie et ses travaux. Notice historique lu dans la séance publique de la Société de médecine de Lyon, le 5 février 1855 », Éd. M.Savy, Lyon & Montpellier, Impr. AiméVingtrinier, Lyon, 1855, 77 p., Pp. 70.
[2] Du 9 août 1830 au 24 février 1848.
[3] Potton, Ibid., p. 64.
[4] En 1927, AliceBaron-Puyplat,d'origine cussétoise par son père, a interprété sur bois unPortrait de BerliozparDaumier(SAF, n°3875).
[5] Série de 26 lithographies parues dansLa Caricatureentre le 26 avril 1832 et le 9 novembre 1833, dessinées par ÉdouardTraviès(Doullens (Somme), 24 mars 1809 † Paris, 18 novembre 1876) puis parDaumier.
[6] Portraits du ministre François Pierre GuillaumeGuizot, du procureur général Jean Charles Persil , d'AdolpheThiers, du vice-président de la Chambre FélixBarthe, du Général NicolasSoult, du Président de la Banque Centrale le Comte Antoine Marie Apollinaire d'Argout, dePrunelle, de Jean-ClaudeFulchiron, du ministre de la Marine Marie-Henri-DanielGaulthiercomte deRigny, du baron JosephPodenas, de Jean-MarieHarlé d'OphoveditHarlé Père, du vice-président de la Chambre Pierre PaulRoyer-Collard, du président de la Chambre de commerce AntoineOdier, de Jean-MarieFruchard, de BenjaminDelessert, du philosophe Auguste Hilarion deKératry, d'AdolpheJolivet, du ministre de l'Intérieur Marthe CamilleMontalivet, du consul général aux États-Unis le marquis FrançoisBarbé-Marbois, de (1745-1837), de Jean Ponce GuillaumeViennet, du Ministre des Affaires étrangères le Comte Horace deSebastiani.
[7] Né le (29 janvier 1804, associé de PiereLanglumé, il lui rachète ses parts en 1830 et les cède, deux ans plus tard, à Jean-FrançoisBenarden 1832.
[8] SelonIFF1800qui mentionne, commeBéraldi(vol. 6, p. 91) des lithographies d'aprèsOrselen précisant le nombre, 22, l'imprimeur,Lemercier, et la date, 1861.
[9] Non mentionnée parBéraldietIFF1800.
[10] Potton, op. Cit., p. 76-77.