Eugène Charvot médecin peintre graveur à Vichy

Fils de Jérôme Charvot censeur au collège Royal de Moulins et d’Edme Elizabeth Blanchard demeurant rue de Paris à Moulins, Eugène Louis Charvot (Moulins,11 février 1847 Paris, 8 février 1924) s’inscrit, en octobre 1866, à l’École de Santé de Strasbourg. Sa fiche signalétique donne les renseignements physiques suivants : « Cheveux et sourcils noirs, yeux bruns, front haut, nez long, bouche moyenne, menton rond, visage long, taille d’1 mètre 66 ».

Portrait d'Eugène Charvot par Emile Friant

Portrait de Charvot par Emile Friant, Hst

Médecin élève de 2ème classe, il participe à sa première campagne militaire (2 août 1870-7 mars 1871) : hôpital militaire de Metz (août 1870) puis Ambulance du Quartier Général du 20ème Corps d’armée (2 décembre 1870). Le 1er février 1871, il passe en Suisse avec l’Armée de l’Est[1] et retrouve le 12 avril 1871 son département natal avec son affectation à l’Hôpital militaire de Vichy.

Duruy, Hôpital militaire thermal de Vichy, 1866

Duruy, Hôpital militaire thermal de Vichy, 1866

Le 23 août 1871, il entre à l’École d’application du Val de Grace comme médecin stagiaire. Médecin aide-major de 2ème classe, il part le 7 mars 1872 pour l’Hôtel des Invalides ; il prend le grade supérieur le 10 janvier 1874. Charvot est ensuite nommé successivement au 65e Régiment de ligne (30 janvier 1874), à l’École d’application du Val de Grace (4 juin 1874).

Médecin militaire, élève de Félix Henri Giacomotti (1828 1909) et de Léon Bonnat (1833 1922), Eugène Charvot débute au Salon en 1876 avec un dessin à la plume Un Chemin creux, suivi en 1879 par une toile Prairies Bourbonnaises (n°605). Dès lors, il mène, en parallèle, une carrière professionnelle (France, Tunisie, Algérie) et artistique.

Le 18 juillet 1878 à l’École d’application du Val de Grace, Charvot est nommé Médecin major de 2ème classe professeur agrégé. Il illustre alors le Précis de médecine judiciaire d'Alexandre Lacassagne (1843 † 1924) avec 47 figures dans le texte et 4 planches en couleur (Paris, G. Masson, 1878, 576 p.) « Notre collègue le docteur Charvot, nous a aussi prêté le concours de son beau talent pour les dessins des figures et des planches »[2].

Le 22 septembre 1883, il retourne dans l’Est et arrive au 10 Régiment de Hussards à Nancy.

L’année suivante, nommé Médecin major de 1ère classe, Charvot est affecté le 30 décembre 1884 aux Hôpitaux de la Garnison d’occupation de Tunisie : Hôpital militaire du Kram (23 janvier 1885), de Gabés (27 février 1885), de Kram (1er février 1886) et du Belvédère (6 novembre 1886).

Lors de ce premier séjour en Afrique du Nord (19 janvier 1885 – 8 décembre 1889), Charvot continue à peindre et dessiner des paysages et intérieurs dont certains seront présentés aux salons à partir de 1886. A Tunis, il rencontre, en décembre 1888, Maupassant à qui il offre une chienne Tahya de race sloughi ou lévrier arabe.

Fin 1889, Charvot retourne en métropole pour l’hôpital militaire Saint-Martin à Paris (18 décembre 1889), avant de revenir en Afrique du Nord, à l’hôpital militaire de Constantine en Algérie, du 22 février 1893 au 4 mai 1897 ; lors de cette dernière campagne, Charvot, blessé, est cité à l’Ordre de l’Armée pour ses actions d’éclat.

Admis à la retraite le 4 mai 1897, il est nommé le 24 juin 1897 au grade de Médecin Principal de 2ème classe de l’Armée Territoriale. Après un séjour en Suisse où il expose, Charvot s’installe en Haute-Savoie puis, fin 1899, à Créteil.

Il s'exerce alors à la gravure et expose de nouveau, de 1902 à 1911, principalement dans la section Gravure, avec des eaux-fortes originales représentant surtout des scènes rustiques pour lesquelles il obtiendra une mention Honorable en 1904 puis une médaille de 3ème classe en 1906.

Charvot, Vaches au pré, première estampe ex Coll. HJB

Charvot, Vaches au pré, première estampe ex Coll. HJB 

Ses estampes séduisent Henri Béraldi qui lui demande, pour la Revue de l'Art Ancien et Moderne, des pièces, et, le chroniqueur de la Revue de Paris Raymond Bouyer qui écrit « l'aquafortiste Eugène Charvot... réconcilie dans ses affections la savante probité d'un Harpignies et la rustique ferveur d'un Millet ».

Cependant, Charvot présente, en 1908 et 1909, sans succès, deux eaux-fortes, inspirées de l'Ancien et du Nouveau Testament, au Concours Belin-Dollet, du nom de son créateur le peintre graveur bourbonnais Georges-Gaspard Belin-Dollet (1839 1902).

Jean Adhèmar mentionne un catalogue de l'œuvre gravé comportant quarante-sept numéros.

Parmi ses élèves en gravure, signalons :

Le peintre Albert Gleizes (1881 1953), initié à la gravure par Charvot lors de leurs rencontres à « l'Abbaye » de Créteil, maison louée par Gleizes et ses amis fin 1906 pour y créer une « association fraternelle d'artistes ».

Son compatriote, l'historien-peintre amateur Camille Grégoire[3] qui expose aux salons de la Société des Artistes Français de 1909 et 1911. Charvot a fourni quelques hors textes pour illustrer l'ouvrage de ce dernier, Excursion dans le canton de Saint-Pourçain[4].

Eugène Charvot, Officier de la Légion d’Honneur[5] et Médecin Principal en Retraite et Professeur agrégé libre du Val de Grace, décède le 8 février 1924 en son domicile parisien, au 9 rue d’Orléans dans le Quatorzième. Le 12 février, une cérémonie religieuse en l’église Saint-Pierre de Montrouge réunit sa famille et ses amis avant l’inhumation, « sans fleurs ni couronne », au cimetière de Créteil dans la sépulture familiale.

Sa fille Henriette Dorbec-Charvot, peintre et Sociétaire des Artistes Français, léguera 19 peintures et 202 œuvres sur papier ainsi que des documents d'archives au Cummer Museum of Art & Gardens (Jacksonville, Floride, USA) dont son portrait (Hst, 1896) peint par Jean Paul Marie Sain (1853 1910).

Bibl. : Livrets de Salons ; Revues d'art (L'Artiste, La Gazette des Beaux-arts, La Plume) ; Revues régionalistes (Annales Bourbonnaises, La Quinzaine Bourbonnaise, Société d'Émulation du Bourbonnais) ; Bellier, Suppl. p. 137 ; Bénézit, vol. 3, p. 518 ; Dugnat, vol. 1, p. 495-496 ; Susan Gallo, The Rediscovery of Eugène Louis Charvot (1847-1924), Painter, Printmaker and Physician, octobre 2000 ; Lydia Harambourg, Dictionnaire des peintres paysagistes français au XIXe siècle, Ides et Calendes, 1985, p. 88.

Nos oeuvres d'Eugène Charvot.

© Hugues Jean Brivet

Notice extraite de mon ouvrage, Vichy et ses environs vus par les artistes 1800 – 1950, à paraitre premier trimestre 2026.



[1] 82000 soldats et 2000 officiers furent accueillis dans 175 dépôts pour être logés, nourris et vêtus (Bibl. : MP, tome XLIV, novembre 1876, p. 361-362).

[2] L’année précédente, Charvot fournissait 281 dessins gravés par E. Marchand pour le Précis d'opérations de chirurgie du Dr Jules Chauvel (1ère édition en 1877, Ed. J-B Baillière & fils) ; réédition en 1883 avec 303 dessins de Charvot.

[3] (Moulins, 1842 † 1913). Selon les indications fournies pour les catalogues des salons de la Société des Artistes Français de 1909 et 1911 auxquels il participe avec des vues d'Hérisson (eaux-fortes).

[4] Saint-Pourçain, Imprimerie G. Dupuis, 1900, 131p., 15 planches hors-texte.

[5] Le 29 août 1907, Chevalier depuis le 8 juillet 1889.

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